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L’UNION WITH SEBASTIEN DUHEM, TOUT SAVOIR SUR LE DRONE

By: Mateo - 05 mars 2019 - 0

Déminages, interventions d’urgence, livraisons, solution de mobilité, les nouvelles possibilités offertes par drone semblent innombrables. Mais quel est l’apport du drone dans la production vidéo ? C’est une des questions que je suis allé poser à Sébastien Duhem, mon professeur de pratique réalisation à l’Iscom Lilletélépilote drone et réalisateur primé.

Pouvez-vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Seb Duhem et je suis réalisateur. Après avoir étudié dans une école de cinéma, j’ai fait mes armes comme assistant réalisateur sur des courts et longs métrages ainsi qu’en pub. Cela fait 5 ans que je me concentre sur des projets plus personnels et que je réalise mes propres films. Notamment à l’aide de drones.

Un drone, pour quoi faire ?

Je me suis intéressé au drone suite à un reportage que j’ai vu à la télévision sur des CAP* photos. À 15 ans, ils apprenaient à piloter des drones. Je me suis dit « Si les jeunes des lycées professionnels s’y mettent, c’est que cela va se normaliser d’ici 3-4 ans ».

Au départ je me suis posé la question de savoir comment amener ce nouvel outil dans la machinerie d’une réalisation. Le drone allait-t-il remplacer des outils comme les rails de travelling, les dolly, les grues ou s’agissait-il d’un nouvel outil permettant de nouvelles explorations ?

Pour répondre à ces questions, j’ai réalisé un court métrage, « The Drone Master », filmé entièrement au drone. Objectif : expérimenter et voir si cela apportait quelque chose. Le film a été bien accueilli. Les gens appréciaient de pouvoir se mettre à la place de la machine, ils avaient l’impression de pouvoir s’envoler. Le drone ouvre de nouvelles opportunités, une liberté en terme d’écriture cinématographique.

Mais cette expérience m’a également appris que le drone crée de nouveaux problèmes qu’on ne rencontrait pas forcément avant et qu’il ne remplacera pas 100% de la machinerie d’un film, mais peut-être 5 à 10%. Il faut vraiment réduire l’utilisation du drone à ce qu’il peut faire, à savoir filmer des plans aériens, et ne pas l’utiliser pour des plans à ras du sol ou pour essayer de remplacer un stabilisateur ou une dolly, parce les contraintes sont nombreuses. Notamment au niveau sécurité. Cela reste des gros engins avec des moteurs qui tournent à une centaine de tour par minute et avec des hélices qui parfois, peuvent blesser.

Quelle est la place du drone dans la communication ?

Tout le monde se l’est approprié.

J’ai rapidement travaillé dans le secteur du tourisme. Pour vendre le voyage, rien de tel qu’un plan de drone. Les gens en verront plus dans votre vidéo réalisée grâce au drone que lorsqu’ils voyageront sur place, c’est assez amusant.

Dans le secteur immobilier, le drone permet par exemple de montrer le point de vue que les gens pourront avoir de leur futur appartement. Les agences immobilières pourront ainsi enrichir leur simulation 3D de vues réelles.

Dans le sport, les plans réalisés au drone vont permettre d’ajouter de l’adrénaline, il n’y a plus une seule pub Red Bull sans plan drone. Décathlon, pour vendre une tente, va utiliser des plans drone car ce qui importe, c’est l’immensité, la nature, la liberté.

Le drone est un vecteur d’émotion. Pour peu qu’on utilise une musique un peu épique, cela décuple la puissance du sujet et du contenu.

Quels sont les avantages du drone ?

Pouvoir se mettre à la place d’un oiseau. N’importe quel homme a ce truc dans l’inconscient : pouvoir voler. Il veut aussi pouvoir regarder sans être vu. Une des premières questions que l’on m’a posées quand j’ai commencé : « Est-tu allé voir chez tes voisins ? » !-)

Les gens voudraient aussi avoir un point de vue que les autres ne peuvent voir. C’est le mythe d’Icare, essayer d’être au-dessus des autres.

Autres avantages : la légèreté, la rapidité, l’autonomie qui s’améliore, la distance à laquelle on peut le piloter. Avec des drones à 1.000 €, le rayon atteint déjà 10 kilomètres. Même si la législation veut qu’il reste dans le champ de vision, c’est-à-dire jusqu’à 100-150 mètres.

Quels apports un drone peut-il avoir dans la réalisation d’une vidéo corporate ou d’un spot publicitaire ?

Épauler les contenus de la marque et les valeurs de celles-ci. Incarner la liberté, la découverte, le voyage. Incarner quelqu’un d’autre, observer d’un point de vue que l’on aura jamais ou qu’on n’a que rarement en prenant l’avion par exemple.

Cela flatte l’égo humain, met le spectateur à la place de Dieu quelque part. Cela devient par conséquent très vendeur. Raison pour laquelle on le voit partout.

Il n’y a plus un documentaire sur Arte qui ne commence pas par un plan drone. N’importe quel cadreur de France 3 ou de la télévision aujourd’hui va emporter son drone en tournage.

Avez-vous des plans drone d’anthologie en mémoire ?

Le dernier à m’avoir marqué ouvre le dernier film d’Albert Dupontel. Un plan très propre avec des effets spéciaux hyper bien intégrés qui nous plonge le vieux Paris.

Quand j’ai été primé au festival Cinédrones, pour The Drone Master, c’est Orelsan qui m’a remis un prix. Il venait de sortir son clip « Basique », « entièrement » tourné au drone, et qui avait cartonné à l’époque. Je lui ai demandé comment ils avaient tourné le plan. En fait le drone ne vole pas pendant toute la durée du clip comme on pourrait le croire 😉 Il est posé sur une Dolly et c’est à la fin seulement qu’il décolle, donnant cette impression de respiration.

Durant ce festival, j’ai vu plein de choses intéressantes. Notamment un film réalisé avec des plans en Top Shot, c’est à dire à 90 degrés au sol, avec un mec qui fait du Parkour. Toujours situé au même endroit dans le cadre, avec uniquement les décors qui changent. Cela donnait une dimension 2D, qui faisait penser aux jeux vidéo des années 80.

Le lauréat du  Grand Prix Action mettait quant à lui en scène une descente VTT filmée, mais aussi éclairée par des drones. Cela donnait des effets de lumière complètement psychédéliques et hyper intéressants.

Quelle est la législation qui entoure l’utilisation des drones en France et est-ce la même en Belgique ?

La France a toujours été pionnière pour ce qui est de la législation de l’espace aérien. Dès qu’un nouvel outil, un nouveau matériel, débarque dans l’espace aérien, Elle figure parmi les premiers pays à légiférer.

Quand j’ai démarré le drone il y’a 5 ans, il fallait avoir exactement les mêmes autorisations que pour être pilote d’ULM ! J’ai donc dû passer mon Brevet d’ULM et écrire un dossier de 100 pages adressé à la DGAC, la Direction Générale de l’Aviation Civile.

La dernière législation, qui date de juillet 2018, est plus coulante. Mais pas question de faire n’importe quoi pour autant, ce qui est tout à fait compréhensible.

Pour les drones de plus de 800 grammes, il faut passer une formation de télépilote de drone et obtenir une autorisation préfectorale pour tout survol en ville.  Avec l’heure de départ, l’heure de fin, le commanditaire, l’objet et la durée du vol, etc.

Personnellement je n’ai jamais eu de soucis pour obtenir des autorisations auprès des préfectures, ils n’ont aucun intérêt vous empêcher de voler si cela ne menace pas la sécurité des gens.

En Belgique, l’utilisation privée est limitée aux cas de figure suivant :

  • le drone peut uniquement être utilisé dans un but récréatif ;
  • la masse maximale du drone au décollage doit être inférieure à 1 kg ;
  • le drone ne peut pas voler à une hauteur excédant 10 m au-dessus du sol ;
  • le vol peut uniquement avoir lieu au-dessus d’un terrain privé. Si le terrain privé ne vous appartient pas, vous devez avoir l’autorisation de son propriétaire ;
  • le drone doit toujours rester à portée visuelle du télépilote ;
  • le télépilote doit respecter les mesures générales de sécurité

Pour tous les autres cas de figure, des autorisations sont nécessaires. Plus d’infos disponibles ici.

Quel plan de drone vous rêveriez de faire ?

Je l’ai déjà plus ou moins réalisé avec mon dernier film puisque le but était d’essayer d’avoir une machine volante à travers laquelle on puisse s’identifier et qui vive et interagisse avec un personnage.

Avec un budget illimité, et si je pouvais engager les techniciens et ingénieurs qui m’intéressent, je ferais un tour du monde en plan séquence en VR. Je montrerais le film dans les hôpitaux et autres les instituts ou il y a des gens handicapés, bloqués dans leur lit. Tu leur mets le casque et ils peuvent faire le tour du monde…

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